Le radical est l'intersection des idéaux maximaux

L’exercice 1.1 d’Ottem et Ellingsrud demande:

In any ring the radical of an ideal 𝔞\mathfrak{a} equals the intersection of the prime ideals containing the ideal. Show, using the Nullstellensatz, that in the polynomial ring k[x1,,xn]k[x_1,\dots,x_n] the radical 𝔞\sqrt{\mathfrak{a}} equals the intersection of all the maximal ideals containing 𝔞\mathfrak{a}.

Tout d’abord, je souhaite me rafraîchir la mémoire et redémontrer la première assertion qu’ils font, c’est-à-dire que le radical d’un idéal est en fait l’intersection de tous les idéaux premiers qui le contiennent. Je trouve que c’est une caractérisation intéressante du radical. Peut-être même que je vais créer un autre article spécifiquement pour ça ! La preuve n’est pas triviale, en tout cas pour l’une des deux inclusions. La première inclusion est facile à voir: soit {𝔭i}iI\{\mathfrak{p}_i\}_{i\in I} la collection de tous les idéaux premiers qui contiennent 𝔞\mathfrak{a}. Vu que pour tout idéal premier xn𝔭𝔦x^n \in \mathfrak{p_i} implique que x𝔭𝔦x\in\mathfrak{p_i} (pour un certain entier n1n\geq 1), il est clair que 𝔞iI𝔭𝔦\sqrt{\mathfrak{a}}\subseteq \bigcap_{i\in I}\mathfrak{p_i}. C’est la seconde inclusion qui pose problème. Je vais la montrer par contrapositive: soit x𝔞x\notin \sqrt{\mathfrak{a}}. Je considère la collection \mathcal{I} des idéaux 𝔟𝔞\mathfrak{b}\supseteq \mathfrak{a} tels que xn𝔟x^n\notin\mathfrak{b} pour tout entier n1n\geq 1. Si j’ordonne partiellement cette collection par l’inclusion, le lemme de Zorn me donne l’existence d’un élément maximal 𝔭\mathfrak{p}\in\mathcal{I}. Je veux montrer que 𝔭\mathfrak{p} est premier. Soit aa et bb deux éléments de l’anneau tels que a,b𝔭a,b\notin \mathfrak{p}. Par maximalité, ni 𝔭+(a)\mathfrak{p}+(a) ni 𝔭+(b)\mathfrak{p}+(b) ne font partie de la collection \mathcal{I}. Par exemple, comme a𝔭a\notin \mathfrak{p}, l’idéal 𝔭+(a)\mathfrak{p}+(a) (i.e. le plus petit idéal qui contient à la fois 𝔭\mathfrak{p} et (a)(a)) contient strictement 𝔭\mathfrak{p}. Donc il existe deux entiers nn et mm tels que xn𝔭+(a)x^n\in \mathfrak{p}+(a) et xm𝔭+(b)x^m\in\mathfrak{p}+(b). Puisque l’idéal 𝔭+(ab)\mathfrak{p}+(ab) contient xn+mx^{n+m}, il n’est lui non plus pas contenu dans \mathcal{I}. En particulier ab𝔭ab\notin\mathfrak{p} car sinon ajouter (ab)(ab) à 𝔭\mathfrak{p} n’aurait rien changé, ce qui n’est pas le cas. Cela prouve que 𝔭\mathfrak{p} est premier. Mais alors iI𝔭i𝔭\bigcap_{i\in I}\mathfrak{p}_i\subseteq \mathfrak{p} et puisque x𝔭x\notin \mathfrak{p} par construction, je retrouve bien que xiI𝔭𝔦x\notin\bigcap_{i\in I}\mathfrak{p_i}, ce qu’il fallait démontrer.

Tout ce gros paragraphe n’est toutefois pas ce qu’il faut faire dans l’exercice, oops. En fait l’exercice est beaucoup plus facile. Déjà, comme tout idéal maximal est premier, j’obtiens par le même argument que dans le paragraphe précédent l’inclusion 𝔞iI𝔪𝔦\sqrt{\mathfrak{a}}\subseteq \bigcap_{i\in I}\mathfrak{m_i}, où {𝔪i}iI\{\mathfrak{m}_i\}_{i\in I} est la collection des idéaux maximaux contenant 𝔞\mathfrak{a}. Pour l’autre inclusion, la version faible du Nullstellensatz nous donne que tous les idéaux maximaux de k[x1,,xn]k[x_1,\dots,x_n] sont précisément ceux de la forme (x1a1,,xnan)(x_1-a_1,\dots,x_n-a_n) pour a𝔸n(k)a\in \mathbb{A}^n(k).

Il est utile de noter que (x1a1,,xnan)(x_1-a_1,\dots,x_n-a_n) est exactement le noyau de l’application d’évaluation, ker(eva)\ker(\operatorname{ev}_a). En effet, il est évident que (x1a1,,xnan)ker(eva)(x_1-a_1,\dots,x_n-a_n)\subseteq \ker(\operatorname{ev}_a). Soit fker(eva)f\in \ker(\operatorname{ev}_a); l’astuce est de prendre un autre polynôme gg tel que g(xa)=f(x)g(x-a)=f(x) (ça devrait vous rappeller fortement la preuve de l’existence d’une factorisation lorsque le polynôme n’a qu’une seule variable, où le truc consiste à enlever le terme constant du polynôme qu’on cherche à factoriser). Alors par construction gker(ev0)g\in\ker(\operatorname{ev}_0) et il est clair que ker(ev0)=(x1,,xn)\ker(\operatorname{ev}_0)=(x_1,\dots,x_n). Donc f(x)=(x1a1)p1(x)++(xnan)pn(x)f(x)=(x_1-a_1)p_1(x)+\dots+(x_n-a_n)p_n(x), ce qui démontre que (x1a1,,xnan)ker(eva)(x_1-a_1,\dots,x_n-a_n)\supseteq \ker(\operatorname{ev}_a). Un corollaire immédiat est que ker(eva)\ker(\operatorname{ev}_a) est un idéal maximal puisque kk est un corps (mais nous savions déjà cela).

Soit xZ(𝔞)x\in Z(\mathfrak{a}). Clairement 𝔞ker(evx)\mathfrak{a}\subseteq \ker(\operatorname{ev}_x), d’où nous concluons que iI𝔪iker(evx)\bigcap_{i\in I}\mathfrak{m}_i \subseteq \ker(\operatorname{ev}_x). Comme c’est vrai pour chaque xx, iI𝔪ixZ(𝔞)ker(evx)\bigcap_{i\in I}\mathfrak{m}_i\subseteq \bigcap_{x\in Z(\mathfrak{a})} \ker(\operatorname{ev}_x) et si nous avons un polynôme fiI𝔪if\in \bigcap_{i\in I}\mathfrak{m}_i, nous pouvons conclure que ff s’annule sur tous les éléments de Z(𝔞)Z(\mathfrak{a}), i.e. fI(Z(𝔞))=𝔞f\in I(Z(\mathfrak{a}))=\sqrt{\mathfrak{a}}.